Ce n'est pas qu'une assiette posée sur une table,
C'est un peu d'invisible, un instant formidable.
C'est l'inconnu qu'on goûte, le connu qu'on retrouve,
C'est un lieu sans frontière où le silence s'éprouve.
Au restaurant, ce n'est pas qu'un service, un couvert,
C'est un théâtre intime, un feu dans l'hiver.
C'est le bruit des fourchettes qui devient mélodie,
Et les rires qui montent en sauce, sans bruit.
On y vient comme on est : pressé, perdu, en fête,
À deux ou bien dix, le cœur en conquête.
Et voilà que soudain, entre pain et velouté,
On se sent moins seul, un peu plus habité.
Le chef n'est pas juste un faiseur de merveilles :
Il raconte un pays, il allume des éveils.
Chaque plat est une main tendue, un poème,
Et chaque bouchée dit doucement : "Je t'aime."
La cuisine est un pont, elle défie les saisons,
Elle traverse les guerres, les modes, les prisons.
Elle unit les absents à ceux qui sont encore là :
Un plat, c'est un appel. "Viens. N'oublie pas."
Les murs d'un bistrot valent bien une église,
Quand ils gardent les mots qu'un bon vin débride.
On y refait le monde, on y tait les douleurs,
Le menu devient vie, le dessert, un bonheur.
Et quand le serveur passe, discret et précis,
C'est toute une équipe qu'on applaudit aussi.
Car le restaurant, ce n'est pas que manger -
C'est l'art de s'asseoir, de parler, d'exister.
Alors oui, que l'on garde ce doux sanctuaire,
Où l'humain se retrouve autour d'un plat sincère.
Car manger, c'est aimer, et mieux : c'est donner -
Même dans un lieu qu'on croit « juste pour dîner ».